Galilée et le coup de force pythagoricien

Tout le monde a entendu parler de la révolution Copernicienne du 17e siècle qui vit la terre quitter son statut de centre de l’univers.
L’un des héros de cette histoire fut Galilée qui contribua à changer notre vision du monde mais il fut également à la source d’une grave erreur faite par la science dans le domaine des différents niveaux de modélisation ontologique.

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Les espaces de modélisation
Dans le cadre de la vision du monde développée depuis l’antiquité classique, 3 niveaux de modélisation du réel ont été décrits par les philosophes et par la science [1].
Alexandre Kojève [2] est un philosophe Français d’origine Russe qui a contribué à diffuser la pensée assez complexe de Hegel dans notre pays à travers des cours d’université donnés dans les années 30 à Paris.

(1) L’Être donné
Dans la classification décrite par Kojève [3], l’ensemble de tout ce qui constitue le monde dans lequel nous existons est dénommé « l’Être donné ».
Il s’agit donc du monde réel dans son intégralité ou monde transcendantal auquel on n’a accès qu’indirectement et partiellement à travers nos sens.

(2) Le monde sensible
Le monde des sensations relayé par les 5 sens de l’être humain est la seule source de données qui nous permet d’obtenir des informations – souvent trompeuses – sur le monde réel ou Être donné.
Les appareils de mesure développés par l’homme à l’aide de la technologie peuvent également être considérés – avec prudence – comme des sources d’informations en provenance de l’Être donné.

(3) La réalité objective
Le monde de la modélisation est appelé par Kojève la « réalité objective ».
La réalité objective est un espace entièrement conçu par l’esprit humain, il consiste à construire des modèles explicatifs pour interpréter les données issues du monde sensible.
Dans cet espace il faut d’abord distinguer la notion de concept physique énonçable en langage clair, puis les mathématiques qui sont utilisées pour établir des calculs prédictifs. Ces dernières peuvent être associées à n’importe quel concept car elles sont pures abstractions et donc en dehors de la physique.

La méthode scientifique
Ces 3 espaces étant définis, la méthode scientifique se clarifie et se résume alors de la manière suivante :
1. Empirisme : observations effectuées dans le monde sensible (2)
2. Élaboration de théories dans le cadre de la réalité objective (3) pour modéliser les phénomènes constatés (2)
3. Ajout de mathématiques associées (3) pour rendre prédictives l’évolution des phénomènes dans le temps
4. Poursuite permanente de la collecte de données (2) et le cas échéant, modification de la modélisation correspondante (3)

En arrière-plan, se profile toujours le « Graal » ou Être donné (1) auquel l’accès direct n’est pas autorisé pour l’observateur.

La science dans l’erreur depuis 3 siècles
Paul Jorion a effectué une étude très complète [1] de la période dite de la révolution Copernicienne, cette étude met en évidence une grave erreur ontologique opérée à la renaissance.

La révolution Copernicienne
Pour mémoire, le modèle géocentrique de Ptolémée régnait depuis l’antiquité jusqu’à la publication des travaux de Copernic (1473-1543) qui démontrait la pertinence du modèle héliocentrique.
Copernic avait par ailleurs pris soin de ne faire publier l’œuvre de sa vie « De revolutionibus orbium coelestium » que peu de temps avant sa mort de peur des réactions de l’église de Wittenberg.

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Les thèses de Copernic furent d’abord reprises par Kepler (1571-1630) qui fit des découvertes fondamentales sur l’orbite elliptique des planètes, rompant ainsi avec le dogme Platonicien des mouvements circulaires parfaits.

Puis c’est Galilée (1564-1642) qui ouvrit le feu en défendant au grand jour les thèses Coperniciennes, il fut combattu par les théologiens scolastiques héritiers d’Aristote et des écritures saintes.
La guerre entre la science rationnelle et la religion était ouverte.

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Pour forcer l’adhésion au modèle Copernicien, Galilée et ses alliés ont opéré ce que Jorion a appelé le « coup de force Pythagoricien » [1].

Galilée finit en 1633 par être condamné à la prison à vie.
Après avoir abjuré sous la menace, sa peine fut commuée en assignation à résidence par le pape et ses travaux interdits pendant plus d’un siècle.
La mise à l’index de ces thèses ne sera levée qu’en 1757 et Galilée ne fut réhabilité explicitement par l’église qu’en …1992 !

Honorons en passant la mémoire de l’italien Giordano Bruno, autre ardent défenseur des thèses Coperniciennes qui finit en 1600 au bucher accusé d’hérésie par l’église…

Le coup de force Pythagoricien
Galilée a mis au point la première lunette astronomique digne de ce nom. Grâce à cette dernière, il fit de nombreuses découvertes comme les 4 satellites de Jupiter, ces découvertes se placent donc dans le cadre du monde sensible.
Les travaux de Copernic basés sur les mathématiques, donc dans l’espace de modélisation, expliquaient alors parfaitement les observations de Galilée.
Pour appuyer ces thèses, les « pros-Galilée » prétendirent alors sans la moindre preuve que le monde réel (être donné) était purement mathématique. Ces derniers ne firent en fait que reprendre les thèses du présocratique Pythagore pour qui le monde était à l’évidence constitué de nombres.

=> A cette date la réalité objective fut alors confondue avec l’être donné

L’erreur historique
Depuis cette époque, la cause est entendue par les physiciens et par les mathématiciens, le monde est régit par les mathématiques, il ne reste plus que 2 espaces ontologiques…
L’exemple le plus frappant provient des tentatives acharnées (et vaines) depuis bientôt 1 siècle d’interprétation concrètes de la physique quantique qui est une théorie purement mathématique.
Cette dernière est certes très prédictive mais ne représente en aucun cas la réalité : la vérité est ailleurs !

Conclusion
Un peu d’histoire des sciences montre donc qu’une erreur conceptuelle et philosophique faite il y a plusieurs siècles perdure encore de nos jours.

En conséquence, il est plus rationnel et plus prudent de conserver les 3 espaces de modélisation définis antérieurement :
(1) Être donné
(2) Monde sensible
(3) Réalité objective

L’espace de modélisation (3) reste à sa place et son contenu tend à évoluer pour s’approcher pas à pas de la réalité intrinsèque (1).
Cependant il restera toujours le fameux doute philosophique de Pascal qui empêchera la science d’être certaine d’avoir atteint (métaphoriquement) la pensée de Dieu, autrement dit l’être donné (1).

Cette question pourrait paraitre de peu d’importance dans la vie de tous les jours, cependant la confiance aveugle que l’on fait aux modèles mathématiques pour représenter la réalité nous a conduit à plusieurs catastrophes récentes :
– 2007 : Destruction du système financier
– 2011 : Fukushima

D’autres catastrophes sont sans doute encore à venir, ces dernières seront liées à cette croyance qui n’est au final qu’un autre aspect de la pensée unique combattue ici et ailleurs !

Références
[1] « Comment la vérité et la réalité furent inventées  » Paul Jorion
[2] « Essai d’une histoire raisonnée de la philosophie païenne » Alexandre Kojève
[3] Extraits de l’œuvre de Kojève [2] sur le site de Jean Zin

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