Bretton Woods, une association de criminels

« Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation… »
Article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’homme signée Le 10 décembre 1948 par les 58 États Membres des Nations Unies.

Voilà !
Maintenant qu’on a écrit ça et que tout le monde a signé, on a la conscience tranquille. On peut maintenant comme d’habitude faire l’inverse de ce que l’on a écrit car :
1. Tout le monde s’en fout
2. Personne ne s’en apercevra

Personne vraiment ?…

Aux alentours du XVIe siècle, les pays occidentaux du Nord sous couvert d’apport de la civilisation aux peuplades « sauvages » du Sud lancèrent de multiples campagnes coloniales à la suite de la découvertes des nouvelles terres issues de la politique d’exploration maritime.
Les populations autochtones furent comme chacun sait réduites en esclavage, les habitants des terres du Sud valant aux yeux des bons chrétiens du Nord moins que du bétail.
L’esclavage fut aboli au 19ième siècle mais de nos jours grâce à un habillage humaniste et réglementaire basé sur la politique des institutions créées à Bretton Woods à la fin de la guerre, absolument rien n’a changé, les pays du Nord continuent à s’enrichir au détriment de ceux du Sud.

Voyons de plus près comment tout cela fonctionne…

Bretton Woods
Bretton Woods est une ville de l’Est du New Hampshire aux États-Unis dans laquelle des accords économiques internationaux signés le 22 juillet 1944 ont dessiné les grandes lignes du système financier international de l’après-guerre.
Le principal instigateur de ces accords a été le célèbre économiste John Maynard Keynes qui dirigeait la délégation britannique et Harry Dexter White, assistant au secrétaire du Trésor américain.
Au final deux organismes ont vu le jour :
. la Banque mondiale (BIRD)
. le Fonds monétaire international (FMI)
Le FMI en particulier a pour but affiché d’assurer la stabilité financière mondiale et de faire reculer la pauvreté (sic).
A ce titre il accorde des prêts aux pays qui connaissent des difficultés financières mettant en péril leur stabilité.
Il faut d’abord noter que ces prêts sont faits à des taux d’usure très élevés sous prétexte que ces pays ont une solvabilité à hauts risques.
Lorsque pour une raison donnée un pays est en difficulté pour rembourser sa dette, le FMI à lui transmet ce que l’on appelle pudiquement une « lettre d’intention ».
Le contenu de cette lettre contient des « recommandations » économiques et politiques qui permettront à ce pays de pouvoir reprendre le paiement des échéances de la dette.

L’esprit des accords de Bretton Woods est ainsi de mettre au premier plan les aspects financiers d’un système au détriment des aspects purement humains illustrant ainsi parfaitement le syndrome d’Hécaton cher à Michel Onfray dans « Politique du rebelle ».

Nous allons voir 3 exemples concrets des conséquences des agissements du FMI.

Exemple 1 : Thaïlande – juillet 1997
Les spéculateurs étrangers attaquèrent la monnaie locale, le baht, dans l’espoir de faire des profits rapides et considérables sur une monnaie faible.
La banque centrale de Bangkok préleva alors des centaines de millions de dollars sur ses réserves et acheta en masse des baht sur le marché pour tenter de sauver sa monnaie.
Peine perdue, après 3 semaines de lutte, exsangue, la Banque centrale jeta l’éponge et fit appel au FMI.
Celui-ci imposa de nouveaux emprunts au gouvernement. Mais avec ces nouveaux crédits, Bangkok devait en priorité rembourser les spéculateurs privés. C’est ainsi qu’aucun des spéculateurs étrangers (requins de l’immobilier ou boursicoteurs) n’a perdu le moindre centime en Thaïlande.
Le FMI contraignit en même temps le gouvernement à l’aide d’une « lettre d’intention » à fermer des centaines d’hôpitaux et d’écoles, à réduire ses dépenses publiques, à suspendre la réfection des routes et à révoquer les crédits que les banques publiques avaient concédé aux entreprises Thaïlandaises.
Le résultat ?
En l’espace de 2 mois, des centaines de milliers de Thaïlandais et de travailleurs immigrés perdirent leur emploi.
Des milliers d’usines fermèrent…

Exemple 2 : Argentine 2002
Puissance économique mondiale au début du XXe siècle, l’Argentine se retrouva en 2002 avec des caisses vides et un développement social en ruine.

L’application progressive du modèle néolibéral au cours du dernier quart de siècle, a en réalité été le fruit d’une relation étroite entre le FMI et les gouvernements argentins successifs.
Main dans la main avec le FMI, le gouvernement Menem appliqua les réformes néolibérales les plus radicales du continent : libéralisation, austérité, privatisations massives et instauration d’une nouvelle monnaie liée au dollar.
Jusqu’en 1995, on crie au miracle : les capitaux privés affluent et la croissance explose. Puis le miracle tourne progressivement au cauchemar : crise tequila à partir du Mexique (1995), hausse du dollar pénalisant les exportations argentines (1996), crise mondiale à partir de la Thaïlande (1997-98) et crise brésilienne (1999) se succèdent, tandis que l’évasion fiscale argentine se chiffre annuellement en dizaines de milliards de dollars et que le pays est contraint d’emprunter sur les marchés financiers à des taux toujours plus mirobolants pour rembourser sa dette extérieure (dont le service accapare **un quart du budget de l’Etat**).
Mais ces emprunts ne suffisent pas et le pays dépend du soutien financier du FMI, conditionné à une politique de « déficit zéro » et à une augmentation de la fiscalité sur les classes moyennes, ce qui enfonce durablement le pays dans une grave récession.

Depuis le début de la dictature Videla en 1976, la dette extérieure argentine a été multipliée par près de 20, alors que le pays a remboursé depuis lors près de 25 fois ce qu’il devait à l’époque !

Parallèlement, en 2002 la santé et l’éducation sont en lambeaux, **les exigences du FMI** ont condamné des centaines de milliers de personnes au chômage, à la malnutrition et à la mort à cause des maladies non soignées et le salaire moyen 2002 valait la moitié de sa valeur de 1974…

Rappelons puisqu’on en parle qu’en 2008, le patron du FMI se nomme Dominique Strauss-Kahn, « socialiste » français.

Exemple 3 : Rwanda 1994
Cette petite république du centre de l’Afrique avec ses 8 millions d’habitants issus principalement de 2 ethnies, les Hutus et les Tutsis s’est rendue tristement célèbre par le génocide des Tutsis perpétré par les Hutus.
D’avril à juin 1994 les soldats de l’armée régulière et des miliciens assassinèrent systématiquement les enfants, femmes et hommes de l’ethnie Tutsi ainsi que des Hutus opposés au régime, les tueurs opérèrent nuit et jour de préférence à l’aide de machettes.
A cette époque l’ONU maintenait au Rwanda un contingent de casques bleus de plus de 1300 soldats retranchés dans des camps militaires fortifiés.
Bien qu’ils fussent armés jusqu’aux dents face à ces bandes de tueurs armés de machettes et de bâtons à clous, les soldats de l’ONU assistèrent passivement aux massacres ignorant les milliers de Tutsis qui implorèrent leur aide.
Ils obéissaient aux ordres criminels leur interdisant d’intervenir, ordres venus du conseil de sécurité par l’intermédiaire de Kofi Annan.
De 1990 à 1994, les principaux fournisseurs d’armes et de crédit au Rwanda avaient été la France, l’Égypte, et la Chine.
L’aide financière directe venait surtout de la France (Crédit Lyonnais), de 1993 à 1994 la chine avait fourni 500 000 machettes au régime de Kigali.
Des caisses pleines de machettes payées sur crédit français arrivaient encore alors que le génocide avait déjà commencé…
Les génocidaires furent finalement défaits par l’avancée du front patriotique Rwandais constitué de Tutsis issus de la diaspora ougandaise.
A noter l’attitude criminelle de la France de **François Mitterrand** qui a continué à livrer des armes aux génocidaires jusqu’à leur défaite avant de les exfiltrer…
Le nouveau gouvernement Rwandais a hérité d’une dette de plus d’un milliard de dollars. Considérant qu’ils n’avaient aucune obligation morale à rembourser des crédits ayant servi à financer le massacre de leurs mères, frères et enfants, les nouveaux gouvernants demandèrent aux créanciers de suspendre, voire d’annuler le remboursement.
Mais conduits par le FMI et la Banque Mondiale, le cartel des créanciers refusa tout arrangement menaçant de bloquer les crédits de coopération et d’isoler financièrement le Rwanda dans le monde.
C’est ainsi que les paysans Rwandais pauvres comme Job et les rares rescapés du génocide s’échinent encore aujourd’hui à rembourser mois après mois aux puissances étrangères les sommes qui ont servit aux massacres de leurs proches.

Dette odieuse
L’expression « dette odieuse » a été forgée par Eric Toussaint, elle est définie suivant 3 critères :
=> Absence de consentement : la dette a été contractée contre la volonté du peuple.
=> Absence de bénéfice : les fonds ont été dépensés de façon contraire aux intérêts de la population.
=> Connaissance des intentions de l’emprunteur par les créanciers.

La dette étrangle les économies des pays pauvres
Un tableau vaut mieux qu’un long discours, chiffres 2002 (1) :

Dette vs Social

(1) Source : Jean Ziegler « L’empire de la honte »

Que se passe t’il si un état refuse de payer ?
Je sais bien que le lecteur qui est arrivé jusqu’ici doit se dire qu’après tout si un état décide de ne plus payer ses traites au FMI, ce dernier ne peut pas faire grand chose d’autant que le droit international est muet sur ce point.
En effet, on ne peut tout de même pas comme pour un particulier envoyer des huissiers pour expulser une population entière afin de revendre un pays après saisie !

Il y a un exemple : il s’agit du Pérou dont le président Alan Garcia au milieu des années 80 considérant que la situation financière catastrophique de son pays ne lui permettait plus d’honorer dans sa totalité le service de la dette contractée auprès des institutions de Bretton Woods et de banquiers privés étrangers a décidé de n’honorer cette dette qu’à hauteur de 30% du total.

Quelles en furent les conséquences ?

Le premier bateau battant pavillon péruvien chargé de farines de poisson, accostant au port de Hamnourg fut saisi par la justice allemande à la demande d’un consortium de banques créancières allemandes.
A l’époque la république du Pérou possédait une flotte aérienne de qualité :
Les premiers appareils atterrissant à New York, a Madrid, à Londres dans les jours qui suivirent l’annonce de la réduction de paiement des traites de la dette furent séquestrés sur requête des créanciers en question.

En bref : à moins d’être en mesure de s’enfermer dans l’autarcie totale et ce faisant d’accepter de se couper de toute espèce d’échanges internationaux, aucun pays endetté du tiers monde ne peut aujourd’hui choisir la voie de l’insolvabilité intentionnelle.

Le libéralisme encore et toujours
Le libéralisme actuel et l’évident devoir de solidarité humaine envers ceux qui meurent de faim sont deux concepts totalement incompatibles.

Alors soit on a au moins l’honnêteté de reconnaitre officiellement que l’on fait le choix d’assassiner des millions de personnes au nom du respect scrupuleux des règles de la finance et donc du gain, soit on élimine immédiatement cet « extrémisme libéral » et l’on met en place des barrières de protections mondiales pour mettre l’économie et la finance au service de l’humanité et non pas l’inverse.

Quand à la FAO de l’ONU, elle n’est rien d’autre que la bonne conscience du pouvoir financier, elle a à peine le droit de divulguer les statistiques de la faim et de la misère, du moins tant que cet organisme aura à sa tête un homme qui n’est pas encore un fantoche des lobbies.

Lorsque l’on parle de suppression de la dette des pays pauvres, les banquiers crient à la catastrophe, impossible la finance n’y résisterait pas !
Étrange car quand on a vraiment besoin d’argent, on en trouve comme par exemple les quelques centaines de milliards de dollars déjà injectés dans le système par la FED et la BCE pour sauver les innombrables organismes prêteurs et autres monolines à 2 doigts du dépôt de bilan suite à la crise des subprimes.

« Prenez en compte ce que les gens font et non pas ce qu’ils disent »
Mais comme nous sommes dans la société des médias propriété de la finance, la population est surtout au fait de ce qu’ils disent car ce qu’ils font n’est pas montrable ni donc montré.

Une civilisation qui fonctionne suivant un dogme – la religion de l’économie – qui condamne à mort une grande partie de sa population ne mérite pas son nom, il s’agit d’un monde où règne la loi de la jungle,
nous vivons en réalité dans une **barbarie** et rien n’a vraiment changé depuis l’antiquité.

Sources
Jean Ziegler « L’empire de la honte »

Empire de la honte

http://users.skynet.be/cadtm/pages/francais/argentinezac2002.htm

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